Vie & Destin (1926 — 1988)

Biographie

La destinée d'un grand maître de la composition

Retracez la vie, la formation au Conservatoire Komitas d'Erevan, et le parcours exceptionnel de John Ter-Tadevosyan à travers les époques.

I. L'Âme d'Erevan

Racines & Enracinement

Né dans le creuset culturel d'Erevan au sortir des bouleversements historiques arméniens, John Ter-Tadevosyan a puisé dans les chants traditionnels et les complaintes modales la matière première d'un lyrisme incandescent.

II. L'Adoubement des Maîtres

Chostakovitch & Khatchatourian

Dès sa Première Symphonie (1957) et son Poème Lyrique, la critique moscovite et les plus grands maîtres soviétiques saluent une voix singulière, alliant rigueur formelle absolue et tension dramatique irrésistible.

III. Le Souffle Symphonique

Une Modernité Intemporelle

À travers 5 symphonies monumentales et une contribution cinématographique colossale, il transcende les frontières esthétiques pour ériger une cathédrale orchestrale de portée universelle.

Frise Chronologique (1926 — 1988)

22 Jalons Historiques d'une Vie Consacrée à la Musique

1926

Naissance à Erevan

Naissance le 14 septembre 1926 à Erevan.

Portrait d'enfance avec sa mère, 1931.

Portrait d'enfance avec sa mère, 1931.

1935

Études de violon à l'école Spendiarov

Admis à l'École de musique Alexandre Spendiarov d'Erevan. Révélation d'une virtuosité précoce au violon et d'une intuition harmonique innée.

Le jeune violoniste en pleine exécution.

Le jeune violoniste en pleine exécution.

1947 — 1952

Conservatoire Komitas & Affirmation

Entrée au prestigieux Conservatoire d'État Komitas d'Erevan en 1947 en tant que violoniste, terminant ses études en 1952 de manière brillante. En 1954, il entre à nouveau au Conservatoire Komitas, cette fois dans la faculté de composition, cursus qu'il achève en 1961. Son entrée en 1954 se fait avec éclat : il y présente deux œuvres majeures, le « Poème Lyrique » pour orchestre symphonique et le premier mouvement de son Quatuor n°1.

Dans la classe du professeur Portugalov.

Dans la classe du professeur Portugalov.

1952

Fondateur de l'École de Musique n°4 d'Erevan

En 1952, il devient le fondateur et le premier directeur de l'École de musique n°4 d'Erevan. À son initiative et pour lui rendre hommage, il propose que l'école porte le nom de Konstantin Saradjev. Toujours en activité aujourd'hui, l'établissement perpétue son héritage. Ter-Tadevosyan en est resté le directeur et professeur de violon jusqu'en 1959.

John Ter-Tadevosyan, directeur et professeur de l'École de musique Konstantin Saradjev, avec ses élèves, année scolaire 1953-1954.

John Ter-Tadevosyan, directeur et professeur de l'École de musique Konstantin Saradjev, avec ses élèves, année scolaire 1953-1954.

1955

Triomphe du « Poème Lyrique »

Création publique du Poème Lyrique pour orchestre sous la direction inspirée de Mikaël Malountsyan, accueillie avec enthousiasme par le public et la critique.

Disque Mélodia du Poème Lyrique en ut mineur, dirigé par Mikaël Malountsyan.

Disque Mélodia du Poème Lyrique en ut mineur, dirigé par Mikaël Malountsyan.

1957

Symphonie n°1 & Consécration à Moscou

La Symphonie n°1 attire l'attention et les éloges appuyés des plus grands maîtres : Dmitri Chostakovitch déclare spontanément qu'elle « a explosé comme une bombe », tandis qu'Aram Khatchatourian ajoute : « Ter-Tadevosyan n’a pas d’œuvre nulle. Cette Symphonie est une véritable PREMIÈRE symphonie. Elle a un véritable intérêt tant par son idée que par son orchestration ». Les critiques élogieuses se succèdent dans la presse soviétique et l’Union des Compositeurs d’URSS reçoit de nombreuses demandes internationales pour l'obtention des partitions.

Moscou, 1957 — avec Dmitri Chostakovitch au 2e Congrès des compositeurs soviétiques.

Moscou, 1957 — avec Dmitri Chostakovitch au 2e Congrès des compositeurs soviétiques.

1959

Première consécration internationale

Médaille d'argent obtenue au VIIe Festival mondial de la jeunesse et des étudiants de Vienne.

Voyage en Autriche aux côtés des compositeurs Edgar Hovhannisyan et Konstantin Orbelyan.

Voyage en Autriche aux côtés des compositeurs Edgar Hovhannisyan et Konstantin Orbelyan.

1959

Installation à Moscou

En 1959, il s’installe à Moscou, qui restera dès lors son principal lieu de vie et de travail. Inscrit à Mosfilm dès 1957, il y entame une intense activité de compositeur pour le cinéma. La Maison de création des compositeurs de Ruza, près de Moscou, devient l’un de ses lieux de travail privilégiés : c’est là qu’il avait écrit sa Symphonie n°1, en 1957.

Manuscrit de la Symphonie n°1, daté « 24/II – 22/III 1957, Staraïa Rouza (cottage n°18) » : la Maison de création des compositeurs de Ruza.

Manuscrit de la Symphonie n°1, daté « 24/II – 22/III 1957, Staraïa Rouza (cottage n°18) » : la Maison de création des compositeurs de Ruza.

1959-1960

Symphonie n°2 « L'Homme »

Chef-d'œuvre universel inspiré par « Le Destin d'un homme » (« Судьба человека ») de Cholokhov. L'œuvre obtient une résonance internationale pour son souffle tragique et humaniste, suscitant des centaines de demandes de partitions à travers le monde.

Séance de travail au piano avec sa femme, violoniste, Astghik Jamjyan en 1959.

Séance de travail au piano avec sa femme, violoniste, Astghik Jamjyan en 1959.

1961

Sollicitation du Théâtre Bolchoï

Le célèbre maître de ballet Leonid Lavrovsky sollicite John Ter-Tadevosyan pour la création d'un grand ballet « Othello » au Théâtre Bolchoï de Moscou.

Leonid Lavrovsky.

Leonid Lavrovsky.

À partir de 1961

Référence des musiques de films soviétiques

À partir de 1961 et pendant près de trois décennies, John Ter-Tadevosyan compose la musique de plus de cent films à travers l’Union soviétique, sollicité par les plus grands réalisateurs de l’époque.

Alla Larionova et Viatcheslav Tikhonov dans « Deux vies » de Leonid Loukov (1961), l'un des premiers films mis en musique par John Ter-Tadevosyan.

Alla Larionova et Viatcheslav Tikhonov dans « Deux vies » de Leonid Loukov (1961), l'un des premiers films mis en musique par John Ter-Tadevosyan.

1962

Oratorio « Les foules affolées » d’après Charents

Il compose « Les foules affolées » (« Ամբոխները խելագարված »), oratorio d’après le poème éponyme d’Yéghiché Charents, pour récitant, solistes, chœur d’hommes et orchestre symphonique.

Couverture de la copie de partition « À la mémoire de Charents » (1962), endommagée par le feu — archives de l'Union des compositeurs d'Arménie.

Couverture de la copie de partition « À la mémoire de Charents » (1962), endommagée par le feu — archives de l'Union des compositeurs d'Arménie.

1963

La Symphonie n°3 disparue dans les flammes

Sa Symphonie n°3, restée inachevée, disparaît tragiquement dans l’incendie de la Maison de création des compositeurs de Ruza, près de Moscou, où brûlent ses partitions. Seules des parties d’orchestre endommagées par le feu ont depuis été retrouvées dans les archives de l’Union des compositeurs d’Arménie.

Partie de contrebasse de la Symphonie n°3 (1960-1963), endommagée par le feu, conservée dans les archives de l'Union des compositeurs d'Arménie.

Partie de contrebasse de la Symphonie n°3 (1960-1963), endommagée par le feu, conservée dans les archives de l'Union des compositeurs d'Arménie.

1966

Quatuor à cordes n°2

Achèvement du deuxième quatuor à cordes, d'une grande densité contrapuntique, consacré comme l'un des sommets de la musique de chambre arménienne.

Étiquette du disque Mélodia du Quatuor à cordes n°2, gravé par le Quatuor Philharmonique d'Arménie.

Étiquette du disque Mélodia du Quatuor à cordes n°2, gravé par le Quatuor Philharmonique d'Arménie.

1968

Chanson populaire « Yerevan, im bari kakhak »

Dans le cadre du film « Sept chansons sur l’Arménie » (« Յոթ երգ Հայաստանի մասին »), il compose sur des vers de Gevorg Emin la musique d'une chanson dont la popularité dépasse instantanément l'œuvre cinématographique pour devenir l'hymne populaire emblématique de la capitale : « Yerevan, im bari kakhak » (« Երևան, իմ բարի քաղաք »).

Recueil « Chansons de variété arméniennes » (Sovetakan Grogh, Erevan, 1981), qui contient la partition de « Mon Erevan » sur des vers de Gevorg Emin.

Recueil « Chansons de variété arméniennes » (Sovetakan Grogh, Erevan, 1981), qui contient la partition de « Mon Erevan » sur des vers de Gevorg Emin.

1978

Concerto pour violon

Composition du Concerto pour violon et orchestre dédié au violoniste virtuose V.P. Portugalov, alliant virtuosité éblouissante et mélancolie caucasienne. La création réunit le soliste Ruben Aharonyan et le chef d'orchestre David Khandjyan. Suivront notamment un Concerto pour ensemble de violons, trompette, clavecin, orgue et percussions (1979), un Concerto pour violoncelle (1986) et un Concerto pour flûte (1987-1988).

Ruben Aharonyan et David Khandjyan.

Ruben Aharonyan et David Khandjyan.

1980

Personnalité émérite des arts de la RSS d’Arménie

Par décret du Présidium du Soviet suprême de la RSS d’Arménie du 31 décembre 1980, il reçoit le titre honorifique de Personnalité émérite des arts de la RSS d’Arménie.

Diplôme du Présidium du Soviet suprême de la RSS d'Arménie conférant le titre de Personnalité émérite des arts (décret du 31 décembre 1980).

Diplôme du Présidium du Soviet suprême de la RSS d'Arménie conférant le titre de Personnalité émérite des arts (décret du 31 décembre 1980).

1982 — 1984

Quatuors à cordes n°3 et n°4 « Requiem »

Il achève en 1982 son Quatuor à cordes n°3, puis compose de 1983 à 1984 le Quatuor n°4 « Requiem », à la mémoire de son ami Arno Babadjanian, créé par le Quatuor d’Erevan dans la grande salle de la Philharmonie d’Arménie.

Manuscrit du Quatuor n°4 « Requiem », « à la mémoire de mon ami A.A. Babadjanian », Moscou, 1983.

Manuscrit du Quatuor n°4 « Requiem », « à la mémoire de mon ami A.A. Babadjanian », Moscou, 1983.

1984

Symphonie n°4 sous la direction de Valery Gergiev

Création retentissante de sa quatrième symphonie, dédiée à Martiros Saryan, sous la baguette fougueuse du jeune chef d'orchestre Valery Gergiev à la tête de l'Orchestre Philharmonique.

Dilijan, années 1980.

Dilijan, années 1980.

1986

Concerto pour violoncelle

Création à Erevan, dans la grande salle de la Philharmonie d’Arménie, du Concerto pour violoncelle et orchestre dédié à Geronti Talalyan, par le soliste Aram Talalyan et l’Orchestre symphonique d’État d’Arménie sous la direction de Martin Nersisyan.

1987

Symphonie n°5 « Paganini » (Hommage à Chostakovitch)

Ultime monument symphonique dédié à la mémoire de Dmitri Chostakovitch, envers qui il vouait une immense gratitude pour son soutien sans faille tout au long de sa carrière. L'œuvre déploie des citations subtiles et des développements orchestraux vertigineux sous la direction d'Emin Khatchatourian.

Affiche du concert d'auteur du 23 septembre 1987 (60e anniversaire du compositeur) : création de la Symphonie n°5 « Paganini » par l'Orchestre symphonique de la Radio-Télévision d'Arménie, sous la direction d'Emin Khatchatourian.

Affiche du concert d'auteur du 23 septembre 1987 (60e anniversaire du compositeur) : création de la Symphonie n°5 « Paganini » par l'Orchestre symphonique de la Radio-Télévision d'Arménie, sous la direction d'Emin Khatchatourian.

1988

Disparition à Erevan

Décès à Erevan le 27 juin 1988 à l'âge de 62 ans. Selon le témoignage familial consigné dans l'ouvrage « Ուշացած տուրք », son vœu le plus cher fut de revenir s'éteindre sur sa terre natale, entouré des siens. Les milieux artistiques arméniens et internationaux saluent la mémoire d'un géant symphonique. Son ultime Concerto pour flûte, achevé en 1988, reste à ce jour inédit au concert.

Manuscrit autographe du Concerto pour flûte et orchestre, dédié à R.A. Davtyan (1987–1988).

Manuscrit autographe du Concerto pour flûte et orchestre, dédié à R.A. Davtyan (1987–1988).

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